« Ca fait pas propre ! »

Publié le par Nicolas Honoré

Dernièrement, en déambulant dans un centre commercial de Lille, je me suis fait vertement rappeler à l’ordre par des vigiles. Mais quel crime avais-je donc bien pu commettre ? Est-ce que je me promenais avec un sac suspect qui aurait pu contenir une bombe ? Avais-je un comportement outrageant vis-à-vis des passants ? Ou tout simplement étais-je sorti d’un magasin sans m’être acquitté auprès de l’ « hôtesse de caisse » du paiement de produits que j’aurais donc ainsi sournoisement subtilisés ? Que nenni ! Il n’en est rien ! Mais alors qu’a-t-on donc bien pu me reprocher pour me traiter ainsi comme un vulgaire délinquant ? Le suspens est à son comble, mais je ne vais pas vous tenir en haleine plus longtemps que cela… d’autant plus que le « délit » en question était d’une gravité vraiment… ouf… vraiment… Eh bien, ce jour là, mon crime fut de boire une bière ! Oui une bière, une boîte de bière, comme ça, tranquille, en flânant dans le centre commercial… Inutile de dire que j’étais devenu un véritable danger public pour mes concitoyens… Et donc je me suis fait signifier par les vigiles (mais les pauvres je ne peux leur en vouloir, ces sous-prolétaires ne font qu’ « appliquer les consignes ») que la direction du centre commercial venait d’interdire la consommation d’alcool dans le centre, et qu’il me fallait donc au plus vite me débarrasser de mon arme d’alcoolisation massive…
Mais ce qui m’a le plus interloqué, c’est la réponse à ma question. Ma question qui était simplement : pourquoi ? Un simple questionnement, pour comprendre le pourquoi du comment… Eh bien, l’un des deux vigiles, en bon Tatayet de sa direction de me répondre : « Ca fait pas propre ! » Et là passé le premier étonnement, j’essaie dans la confusion de l’instant de comprendre… Puisque je ne suis pas un danger pour les passants, car je pourrais comprendre qu’un individu fortement imbibé et ayant l’alcool violent comme on dit (moi personnellement ça serait plutôt l’alcool heureux mais passons…) puisse avoir un comportement agressif et causer ainsi un « trouble à l’ordre public », donc puisque je ne suis pas « dangereux », eh bien où est le problème ? Dois-je comprendre que je dois payer pour les autres, ceux qui ne « savent pas se tenir » ?
Comme je ne peux m’empêcher de faire tout le temps des connexions, entre des anecdotes et des théories sociales par exemple, j’ai bien vite compris le sens de ce micro-incident, trahi par cet aveu «ça fait pas propre ». D’où j’en conclue qu’il faut être / faire « propre ». Normal me direz-vous… Oui, mais. Cette injonction à « faire propre » n’est-elle pas à replacer dans ce contexte incroyable de « propretisation » (pardon pour ce néologisme un peu laid, laid comme le processus qu’il désigne) des centres-villes ? Là n’est pas le moment et le lieu pour disserter sur ce phénomène inquiétant, certains le font d’ailleurs très bien… (lire à ce sujet l’excellent article du Monde Diplomatique de ce mois-ci : « Penser la ville pour que les riches y vivent heureux  -quand la flambée de l’immobilier est dopée par l’apartheid résidentiel »).

Tout cela est inquiétant sociologiquement, mais aussi humainement triste. Quand nous ressemblerons tous à des Ken et à des Barbie, quand nous vivrons tous 100 ans sans fumer ni boire bien sûr, que nous serons tous sains, de corps et d’esprit (un esprit sain –pensée unique oblige- dans un corps sain de sportif), que restera-t-il de notre humanité ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

beedjay 25/01/2007 10:57

Une petite mousse dans un train, dans un parc ou encore sur la grande place de Bruxelles... Why Not et avec joie.Mais dans un centre commercial, y a quand même plus Glamour :-)Beedjay