Penser entre soi : la défaite de la pensée... (pour en finir avec Cité Philo)

Publié le par Nicolas Honoré

C’est devenu depuis une dizaine d’année le rituel automnal de la pensée française. Ce que la France compte de plus brillants penseurs se retrouve donc à Lille pour s’astiquer la cervelle dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler un « festival » de philosophie. Hélas, malgré ce que l’intitulé de la manifestation pourrait laisser entendre (« Cité » philo, la philosophie débattue dans la cité, par les citoyens), et bien que les conférences, débats, rencontres avec des auteurs soit en théorie ouverts gratuitement à tous, force est de constater que les participants et le public font partie d’un même petit monde, fonctionnant en vase clos, un monde composé de « professionnels de la réflexion », à savoir de normaliens, d’agrégés enseignant en classes prépa, de très proprets « khâgneux » et autres étudiants ingénieurs à la recherche d’une valeur ajoutée intellectuelle, bref un petit monde fermé et narcissique qui n’est pas, loin s’en faut, représentant de la diversité (pardon pour ce mot désormais quelque peu galvaudé) de la « cité »…

Un très atypique prof de philo présent samedi dernier à une rencontre à la Fnac a eu le courage de dénoncer cette mascarade en interpellant vivement un certain Yves-Charles Zarka, véritable « rebellocrate » venu nous faire part de ses pseudo « réflexions intempestives »… C’était absolument jouissif de voir se décomposer l’imposteur et son interviewer, qui, estomaqués par la critique juste et impertinente se sont retrouvés mis à nu et incapables de répondre à l’attaque si ce n’est que par une attitude de quasi dégoût devant l’impétrant qui n’avait pas eu le bon goût de se conformer à l’ambiance bien-pensante qui imprègne « Cité Philo ».

Alors on aura beau jeu de dire que « la pensée est un acte exigeant », qu’une ambiance trop conviviale nuit au « sérieux des concepts », ou encore, c’est un classique, qu’il ne faut pas « tomber dans la démagogie et le populisme du café du commerce », bref tout cela pour ne pas se mélanger à la populace qui, c’est bien connu, ne sait pas réfléchir…

En tout cas, ce samedi après-midi, quelque part dans ce pays qui est si fier de sa pensée, le roi était nu, l’imposture démasquée, et les citoyens vengés… Et on se prenait à rêver d’un « cité philo » réellement démocratique, où la réflexion ne serait plus monopolisée par quelques faux penseurs, réduite à un exercice de masturbation intellectuelle, mais où les citoyens, tous les citoyens, pourraient librement s’approprier la critique du monde...

Publié dans Humeur

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