Coach potatoe attitude...

Publié le par Nicolas Honoré

Chômedu oblige, je dois avouer que depuis quelques temps je regarde pas mal ce qu’on appelle « le petit écran »… Et sur celui-ci on trouve vraiment tout et n’importe quoi, le meilleur comme le pire, c’est bien connu. Mais j’ai comme l’impression qu’après des années de décervelage généralisé, la tendance est tout de même à un retour vers des émissions de qualité qui ne prennent pas (enfin pas toujours, n’exagérons pas !) le téléspectateur pour un con, ou un « temps de cerveau disponible » pour les annonceurs publicitaires, selon la formule rendue célèbre par l’épouvantable big boss de TF1. La programmation chaque soir (du lundi au jeudi) d’une émission culturelle (le rendez-vous de l’excellent Frédéric Taddéï) est en soi un symbole réjouissant. Que le nouveau patron de France Télévision, Patrick de Carolis, ait eu cette audace, un brin casse-gueule (une audience faible et sous le nez la « manne publicitaire »…), est la preuve qu’il ne faut pas désespérer de notre télévision publique, même quand elle se fait désormais appeler « Groupe France Télévision ». Du quasi France Culture tous les soirs à la téloche, qui l’aurait crû il y a encore de cela quelques années, où la déferlante effrayante de la « télé-réalité » faisait perdre la tête à tous les responsables des grands médias. Et même aujourd’hui, cette télé-réalité a acquis une certaine qualité, je ne parle pas de la navrante fabrique de pseudo stars formatées qu’est la Star Académy, même si, ben oui, rebellitude oblige, « on n’est pas des produits clonés, on a une vraie singularité artistique hein ! », bla bla bla, mais force est de constater que même une émission dûment labellisée « télé-réalité » par les programmes TV peut être de qualité, je pense par exemple à « Vive la cantine » où le jeune cuistot sympatoche de M6, Cyril Lignac, avait pour mission, avec l’aide d’un nutritionniste, de détourner les jeunes lycéens de la junk food (kebabs, Mc Do…) et de les ramener à la cantine, celle-ci ayant au passage amélioré la qualité et la gustativité de ses repas. C’était une émission tout simplement excellente, et je dirais même d’utilité publique ! Et sur M6 en prime-time ! Comme quoi il ne faut jamais désespérer…
 
Et tout cela pour dire qu’aujourd’hui passer une semaine devant la télé n’a rien d’éprouvant, bien au contraire…
Donc ma semaine télé…
 
Samedi :
 
Vu la nouvelle émission de Laurent Ruquier, « On n’est pas couché », qui remplace le « Tout le monde en parle » d’Ardisson (c’est d’ailleurs lui qui produit Ruquier). 
Eh bien, l’émission se laisse tout à fait regarder, et en plus Ruquier a fait appel à l’excellent Michel Polac et au non moins excellent Eric Zemmour, le premier ayant derrière lui le cultissime « Droit de réponse » où les cendriers volaient entre deux polémiques, et le second est un brillant et bouillant journaliste du Figaro (eh oui du Figaro) s’étant illustré récemment par un virulent pamphlet sur l’homme dévirilisé du XXI ème siècle, reprenant les thématiques soraliennes, et se faisant pas mal d’ennemis chez les féministes à gencives, suivez mon regard… La féministe à gencives en question était d’ailleurs invitée pour parler de son dernier bouquin où elle s’étale en pathos personnel (version espagnole de la célébrissime « valise en carton ») mais là n’était pas l’intérêt principal, loin s’en faut, de l’émission de ce samedi dernier. Il y avait aussi parmi les invités un certain Alain Krivine, trotskiste professionnel de son état, à la rhétorique bien huilée (40 ans de militantisme ça aide). Il fallait voir le pertinent Zemmour lui faire remarquer que c’était le néolibéralisme qui réalisait tous les rêves de notre pro de la révolution, comme par exemple la fin (certes relative) des frontières, avec tant d’autres manifestations de ce « nouvel esprit du capitalisme » qui est donc un nouvel internationalisme, certes marchand, mais un internationalisme quand même. Et face à ce constat incontestable, notre vieux trotskard de relancer son vieux disque rayé…
Voilà, c’était un samedi soir à la télévision française. Et ça faisait plaisir…
 
Dimanche :
 
Après des années de service, et alors que chaque média possède désormais son médiateur et l’émission qui va avec (du genre « L’hebdo du médiateur » sur France 2), Daniel Schneidermann le précurseur de la critique médiatique des médias poursuit inlassablement sa mission de chevalier blanc du petit écran. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis les débuts de son émission le Daniel il a toujours su s’entourer de chroniqueuses toutes plus jolies les unes que les autres (je me trompe ?), donc rien que pour ça, eh bien je continue de regarder son émission, même si la manie de couper les cheveux en 4 est parfois vraiment gonflante… Et puis toujours cette impression de rester sur sa faim, à la vue du générique de fin, qui clôt l’émission « alors que ça commençait à devenir intéressant »… Ajoutez à cela que la direction de France 5 refuse désormais la mise en ligne de l’émission dans son intégralité. Et pourtant le « dossier » de dimanche dernier était fort intéressant. Il passait à la loupe le cas Ardisson et feu son talk-show du samedi soir, avec deux invités, les auteurs (dont l’un d’ailleurs se nomme Chevènement, encore un « fils de » ! mais lui son papa je l’aime bien alors…) d’un livre donc qui a l’air fort intéressant (« La face cachée de l’homme en noir »), et qui ont tenté de mettre au jour l’idéologie qui sous-tendait l’émission, à savoir un peu ragoûtant mélange de relativisme culturel (tout se vaut dans son talk-show, la parole d’une starlette du porno et la parole d’un philosophe), de communautarisme branché (un individu réduit à son groupe d’appartenance, l’extrait avec l’actrice Rachida Brakni était effrayant), et de théories du complot (c’est Ardisson qui a promu le bouquin de l’invraisemblable Thierry Meyssan, le débile qui a « écrit » son torchon en faisant du copier-coller à partir des rumeurs sur le 11 septembre circulant sur Internet). Mais voilà, le couperet est tombé vers 13h30, le générique, et là on se dit… finalement c’est la suite logique, le meilleur moyen de poursuivre l’analyse c’est de se rendre chez son libraire (euh faudra attendre le lundi hein !) et d’acheter le bouquin…
 
Lundi :
 
Lundi soir en prime-time, rester devant son poste, c’était pas gagné d’avance… Parce qu’on avait le choix entre Mimie Mathy sur TF1, Patrick Bruel sur France 2 et Florent Pagny sur France 3 ! Donc vallait mieux avoir un bon DVD sous la main ou aller boire un verre en ville… mais être revenu pour Taddéï bien sûr ! Jusque là pour avoir droit chaque soir à un rendez-vous culturel, et de qualité s’il vous plaît, il fallait avoir le câble ou le satellite pour savourer sur Paris Première l’excellent « Rive droite rive gauche » de… Thierry Ardisson. Eh bien depuis la rentrée, c’est chose possible sur la bonne vieille télé hertzienne, avec cette émission présentée par le dandy Taddéï, transfuge de… Paris Première (c’était lui derrière la caméra du cultissime « Paris Dernière »). Et même si le titre n’est pas une grande trouvaille (« Ce soir ou jamais », mouais…), l’émission tient réellement toutes ses promesses. Des débats et des invités intéressants, une séquence musicale « live » pour clore l’émission… Un régal quotidien.
 
Mardi :
 
« Harkis » sur France 2. Mon dieu me dis-je, on sort à peine de la tournée promotionnelle épuisante des « Indigènes » qu’on va encore avoir droit à son « devoir de mémoire », à « La-France-qui-doit-regarder-son-passé-et-ses-crimes-et-réparer-ces-injustices », bref à son énième séance collective de culpabilisation, et cette fois-ci sous la forme d’un téléfilm en prime time… Et avec Smaïn dans le rôle principal ! Et puis on regarde quand même, histoire de… Dès le début, on craint le pire : des gentils et des méchants, du tout blanc et du tout noir. La famille de harkis qui débarque dans un camp du sud de la France, et la confrontation entre la fille des harkis et une famille française. Méfiance réciproque, premiers échanges verbaux, et finalement apprivoisement. Et au final un téléfilm pas trop caricatural, pas si mal joué, avec quelques moment forts. Et un Smaïn plutôt bon comédien !
Après ce téléfilm traitant d’un sujet aussi peu léger, je me suis dit qu’on allait se détendre devant un bon « Droit de savoir » avec comme thème, dixit mon Télé Z (attention c’est vachement original) : « Amour sexe et argent : enquête sur le marché des rencontres ». Bon finalement j’ai fait mon cultureux et j’ai rejoint Taddéï !
 
Et pendant Taddéï je rejette un coup d’œil sur mon Télé Z, et que vois-je, au lieu de regarder « Harkis », j’aurais pu regarder une soirée théma sur Arte, non non pas sur l’Allemagne nazie ou sur l’Union soviétique, mais sur… l’orgasme ! Si si, une « théma » dédiée à la « petite mort » comme on l’appelle joliment ! Y a pas une redif ?
Et justement en parlant de redif, vers une heure du mat’, je tombe sur la redif de « Zône interdite »… Une émission consacrée au malaise des ados, avec un sujet sur les lolitas, un autre sur les ados et les tatoos/piercings/scarifications (bouh !), un sujet sur les ados et le satanisme (re bouh !) et encore un autre sur le mouvement « pro ana ». Non non il ne s’agit pas de promouvoir le plaisir par l’entrée des artistes, « ana » (sans « l » donc !) pour anorexique. Et l’on voyait des gamines (visage flouté bien sûr !) consulter des sites Internet vantant l’anorexie comme mode de vie, avec un culte de la maigreur extrême encouragé par des starlettes comme Nicole Ritchie ou des mannequins qui rentrent dans un 34 (« alors que la moyenne des Françaises font du 40 », nous disait la morne et sentencieuse voix off). C’était absolument pathétique, mais révélateur de l’époque, l’anorexie étant vraiment une maladie d’époque…
Et après le look Auschwitz (pardon pour ce rapprochement un peu léger, mais l’esthétique de la maigreur entre en résonance avec les images de cadavres décharnés, ce qui accentue le malaise), il était l’heure d’aller se coucher ! Que nenni ! « M6 Music l’Alternative » était là pour m’en dissuader ! Rien que le titre est un régal, quand le système intègre l’alternatif, quand la machine à fabriquer de la « nouvelle star » diffuse des clips de groupes « hors système ». Les rebelles noctambules ont donc leur émission, et ils peuvent gagner tout plein d’Euros en sus ! Si si, c’est la présentatrice, au look de porn-star, qui nous invite à répondre par SMS à des questions vachement durs pour remporter des sou-sous et donc s’acheter avec l’intégrale de Marylin Manson ! Bon, il était vraiment temps d’aller faire dodo…
 
Mercredi :
 
Du foot sur TF1, on change pas les habitudes qui gagnent ! Comme diraient les Inconnus, un mercredi soir sans foot sur la Une, c’est un peu comme une 205 GTI qui n’aurait plus qu’une vitesse ! Donc ce soir, c’était –cocorico !- notre belle équipe nationale, qui jouait contre les « îles Féroé » (les îles quoi ?) un « match qualificatif pour l’Euro 2008 », toujours selon mon cher Compagnon Télé Z. Et bien sûr comme « on est les cham-pions » (enfin presque), eh bien on leur a mis la branlée aux « féroéens »…
Pendant ce temps-là, Mireille Dumas posait à ses invités, avec son air de psychologue tout plein d’empathie pour son sujet, cette question cruciale : « Pour ou contre l’autorité ? » Waouh… Allez, il suffisait d’attendre un peu la deuxième partie de soirée pour savourer la nouvelle émission de l’inénarrable Stéphane Bern, qui anime « L’arène de France », ah ah le jeu de mots –bravo l’autodérision de l’ancien présentateur de « Sagas », l’admirateur béat des couronnés, qui au passage s’est converti au politiquement correct (le gus se déclare même « royaliste de gauche » !) Bref, une émission qui ressemble à un mauvais remake des déjà mauvaises émissions de Dechavanne, avec une question de départ, un sondage du public réparti dans un hémicycle-agora, le débat, une plaidoirie pour chacun des camps, et un nouveau sondage, etc. etc. C’est assez « relou ». On zappe vite sur… Taddéï bien sûr, et on s’y accroche, telle une moule à son rocher, parce que Taddéï, c’est pas du pipi… (j’ai rien trouvé de mieux comme rime !)
 
Jeudi :
 
Ah ben jeudi, c’est aujourd’hui ! Qu’est-ce que je vais regarder ce soir ? Vite vite mon Télé Z… Alors, ce soir au programme : Navarro, Cauet… stop ! Ce soir, c’est décidé je regarde pas la télé, je fais la grève du p’tit écran ! Je vais pas me transformer en « coach potatoe » tout de même… Et puis ce soir, c’est jeudi soir, c’est la « jam session » du Guapa Bar. On débranche la téloche, retour à la vraie vie !!!

( La suite au prochain épisode, comme on dit... à la télé !!!)
 

Publié dans La folle du logis

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VIRGINIE 13/10/2006 22:08

Aaaaah Taddéi....
Taddéi rime avec joli dandy arty érudit....!
Je me trappelle de Fréderic Taddéi sur feu NPA, lorsqu\\\'il évoquait Soul Caughing, Paul Smith ou Georges Duby....
Je me trapelle de Frédéric Taddéi évoquant les bienfaits de la cigarette dans Le chroniqueur...
Mais je me trapelle aussi qu\\\'il avait pronostiqué dans un bon papier Jospin président...La plus mauvaise rime de Taddéi est Sarkozy,
Joli papier, Nicolas.