Muray est mort, vive Muray !

Publié le par Nicolas Honoré

Je peux difficilement ma pardonner ce retard. Et pourtant ça fait presque deux mois qu'il est mort. Je veux parler de Philippe Muray, le génial chroniqueur des "aventures" d'Homo Festivus, ce personnage contemporain, urbain, éminemment moderne, voire post-moderne, qui a noyé l'Histoire dans un monde de néo fêtes se déroulant dans un effrayant décor de carton-pâte... Oh certes, on pourrait dire, si on appliquait une grille de lecture politique désormais peu pertinente, que Muray était (devenu) une plume de droite. De toutes façons sans avoir la moindre sympathie pour ce camp (c'est mon cas), on ne peut pas non plus en avoir beaucoup pour l'autre (à moins d'être émoustillé par la flamboyance (!) de François Hollande -dit "Culbuto"- et de Ségolène -la Madone- !) Franchement, on a envie de dire, on s'en fout... Car le regard de Muray sur notre monde en mutation était d'une pertinence inégalée (à part peut-être par Soral et Houellebecq), et son style, son putain de style... Car c'était une vraie jouissance de lire ses écrits, moi je guettais inlassablement dans la presse un nouvel article, où je savais qu'il allait dézinguer avec tout son talent la dernière "avancée sociétale"... Eh bien je ne guetterai plus, car Muray n'est plus, emporté par un cancer (sûrement du poumon, vu l'amour qu'il portait à ses bonnes vieilles Gitane).

Je me souviens du choc de la "Sociologie du dragueur" du boxeur Soral (c'était au lycée), du choc du premier Houellebecq (bizaremment, je sais plus quand exactement), et du choc de la lecture des chroniques d' "Après l'histoire" de Muray (c'était... sous une tente dans un camping ! pendant l'été 99 ou 2000), où Muray racontait donc les aventures d'Homo Festivus, notre contemporain, que nous croisons tous les jours dans nos villes métropolitaines, cet homme nouveau qui déambule à rollers, qui est de toutes les néo fêtes du style fête de la musique, gay pride, techno parade, qui participe à ce que certains appellent "la judiciarisation de la société sur le modèle américain", ce bobo (bourgeois-bohême) qui revendique sa pseudo-différence, et qui se rebelle en masse (le "mutin de Panurge" dixit Muray)...

Mais Muray, c'est comme pour toutes les grandes plumes, plutôt que d'en parler, il faut le lire. Une façon aussi, comme on pourrait dire bêtement, de lui rendre hommage...

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