L'attentat

Publié le par HONORE

Je viens de terminer la lecture de L'attentat, dont je vous parlais à la fin de mon billet sur Houellebecq. Celui-ci n'a d'ailleurs pas eu le Goncourt, mais Yasmina Khadra aurait quant à lui mérité amplement de l'avoir, tant ce livre est un pur chef d'oeuvre, et l'expression n'est ici pas galvaudée. Oubliez donc Houellebecq, mais aussi bien sûr les autres innombrables écrivaillons nombrilistes qui n'ont rien à dire du monde ni de la condition humaine. Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, n'est pas de ce milieu littéraire là, ce n'est pas un écrivain parisien sans vécu, et qui glose sur cette non-vie. Cet écrivain algérien, qui était dans le civil officier de l'armée, s'est fait connaître par des romans ancrés dans la (terrible) réalité de son pays, notamment par A quoi rêvent les loups, dont j'entame actuellement la lecture, et qui raconte la dérive d'un jeune algérois dans la folie islamiste. Avec L'attentat, Khadra s'attaque à un sujet romanesque délicat : le drame israëlo-palestinien. Et on peut dire qu'il a réussi à écrire LE roman sur ce drame. Comme il le déclare lui-même à travers plusieurs interviews que j'ai lues avec grand intérêt, l'approche journalistique et même historique ne peut rendre compte de la complexité de la situation au Porche-Orient. Seule une approche romanesque pouvait permettre, à travers le vécu de personnages singuliers, de tenter de comprendre ce qui peut, au delà des faits, se passer dans les têtes...

Le livre s'ouvre en prologue sur une scène apocalyptique, sur une explosion narrée à la première personne. La clé de cet événement sera donnée à la fin de l'ouvrage. Le choc traumatique initial est exposé dès le premier chapitre : le narrateur, le docteur Amine Jaafari, chirurgien israélien d'origine palestinienne, est amené à opérer les blessés d' un attentat qui s'est produit dans sa ville, à Tel-Aviv. La nuit qui succède le drame, il est réveillé par un coup de fil, et on lui apprend à son arrivée à l'hôpital que la femme kamikaze qui s'est faite exploser était... sa propre femme. S'ensuit une descente aux enfers pour cet homme à qui tout réussissait et qui n'avait rien vu venir. Le docteur Jaafari n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même, un homme ravagé par la douleur, l'incompréhension et la haine de tous ceux qui n'attendaient que ce drame pour lui reprocher sa réussite. Dans un premier temps, Amine ne croit pas sa femme possible d'un tel acte, elle qui semblait si heureuse, et qui s'était apparemment bien intégrée à la société israélienne. Mais une lettre post-mortem vient lui enlever ses certitudes premières, et Amine doit faire face à l'impensable : sa femme, elle qu'il chérissait plus que tout, est bien l'auteur du massacre. Amine décide de mener sa propre enquête pour tenter de comprendre l'incompréhensible. Il se rend à Béthléem, où sa femme était partie, il retrouve sa famille, et commence à comprendre l'engrenage dans lequel sa femme est (volontairement) tombée. Cette « enquête » est l'occasion pour Amine de retourner à ses origines, lui l'Arabe qui a grandi dans une tribu et qui a quitté son environnement pour embrasser sa carrière dans un milieu si éloigné du sien. Il découvre la misère atroce de la vie quotidienne des Palestiniens, mais aussi la folle logique des fanatiques religieux qui instrumentalisent cette misère. Khadra tente ainsi, au delà de tout manichéisme (là aussi est la grande force du livre, avec ce personnage complexe tiraillé entre les deux parties opposées) à nous faire comprendre, sans aucunement justifier l'injustifiable. Amine, par la voie qu'il s'est choisie (la médecine) a décidé, lui, de se placer du côté de la vie. Mais la logique de mort le rattrape, et le livre ne se finit pas par une « happy end », et se referme sur la scène inaugurale du livre, le bombardement d'une mosquée intégriste où Amine était venue empêcher la préparation d'un nouvel attentat, qui était la riposte à la destruction de la maison familiale, elle-même la conséquence d'un précédent attentat... la loi du talion, la haine qui répond à la haine, la logique sans fin d'anéantissement de l'Autre, logique circulaire symbolisée par la construction formelle du livre, avec ce drame final qui se confond avec le prologue apocalyptique...

Un livre profond et humain, mais aussi captivant, qui traite le fond, ce sujet délicat, avec un style littéraire magnifique, un grand livre donc, qui aura réussi le tour de force de me faire oublier Houellebecq...

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Luna 24/05/2011 18:53



"L'attentat" de Yasmina Khadra est un sacré bouquin. Du genre qui prend au trip, qui nous touche, bien qu'en France, on ne soit pas vraiment confronté à ce "genre de problèmes"... Mais d'un autre
côté, ça ne se passe pas très loin de chez nous.
"L'attentat" nous rend plus attentif à ce qui nous entoure, nous sensibilise à ces guerres dont nous ne nous sentons pas "concernés".
Ce n'est pas pour autant un livre vraiment sombre et certainement pas "gore", on y parle surtout beaucoup de sentiments. Cela dit il se passe beaucoup de choses graves dans ce livres, mais la
façon dont ces thèmes sont abordés dans ce livre change du commun... ce qui nous touche d'autant plus au cœur... A lire !

D'ailleurs, si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!