Il y a trois ans, au lendemain du fameux 21 Avril (2002), j'écrivais un papier pour un webzine... Je reproduis ce papier traitant d'une élection dont le résultat est peut-être à rapprocher de celui d'hier soir...
20 heures. La nouvelle est tombée. Celui dont on craignait quil soit le « troisième homme » sera présent au second tour. Un point de plus que Jospin. 200 000 voix
décart. Très peu. Mais le verdict des urnes est là : Le Pen a ses chances de devenir président. Président dune république française (trop) bonne mère avec ses enfants. Le présentateur de
France 2 nous avait prévenu. On allait avoir une grosse surprise. Le temps de se remettre, on réalise que lon va devoir choisir entre Chirac et Le Pen
Entre « Super Menteur » et
« Super Facho » comme disent les Guignols, entre la peste et le choléra, entre une crapule sans convictions et un vieux soudard fascisant.
Quelques minutes après les résultats, les mines déconfites des figures nationales du Parti Socialiste nous annoncent lincroyable. Cest
pas de gaieté de cur, mais
il va falloir voter Chirac. Choisir la démocratie contre le péril fasciste. Voir des socialistes appeler à voter pour Chirac est un de ces moments surréalistes que
cette soirée nous aura donnés à déguster !!!
On zappe sur les autres chaines, et partout ces faces
livides
Et toujours les commentaires interchangeables des journalistes, sondeurs et autres commentateurs affolés, pour qui le tour était joué
Eh bien non, le peuple en a décidé
autrement !!!
Le peuple, loublié des médias
et de la gauche
le populo, que la gauche a laissé tomber
pour le fameux « bo-bo », le bourgeois-bohème des classes urbaines aisées
Le bo-bo apeuré lui
aussi
Et le peuple, le « petit peuple den bas », qui a voté pour les « extrèmes »
Arlette et
Jean-Marie
La soirée continue dans cet étrange climat, et peu à peu les médias rendent compte de
mouvements de rue « spontanés », un peu partout en France, à Paris, et dans les « grandes villes de province »
dont ma bonne vieille ville de
Lille.
Je lache alors ma télé et mes bières, et avec mon pote on décide daller voir ce qui se passe
En
observateurs participants, disons...
Et là, le moins que lon puisse dire, cest que les
personnes descendues dans la rue ne sont pas vraiment représentatives de la population ! Beaucoup de jeunes anti-fascistes (tendance « Ras lFront »), et
et cest tout. Quelques
adultes égarés
Et par la conversation, on apprend que beaucoup de ces jeunes sont fort politisés, militants des sans-papiers, etc
Etudiants de Science-Po, de lécole de journalisme, de
luniversité de Lille 3, fac « gauchiste » qui fournit des bataillons danars et de militants de lUNEF (note : je nuancerais cette affirmation aujourdh'ui ! -30 mai
2005).
Beaucoup de jeunes petits-bourgeois en somme
Une rhétorique anti-fasciste bien huilé, du genre Le
Pen=Nazi
Des slogans dans le style « Le Pen, facho, le peuple aura ta peau
», « Et F comme Fasciste, et N comme
Nazi »
Le cortège se dirige vers la place de la République, sous le regard bien-veillant des bourgeois du centre de Lille, perché sur leurs balcons,
et attendris par « cette jeunesse qui ne manque pas de conscience politique » (entendu parmi le vacarme de la manif).Un petit arrêt et
tous ces sympathiques étudiants repartent en direction de lHotel de Ville
Va-t-on avoir droit à un petit message de Martine, descendue de son beffroi pour apporter son soutien aux
manifestants ?? On se rappelle alors avoir vu Martine dans la petite lucarne, tirer la tronche au milieu de ses amis, confortablement installés dans un studio de télé
Quelque part dans le cortège, de jeunes beurs crient « Le Pen-Sharon, a-ssa-sins !! Et halte au fascisme, et halte au sionisme !! ». Lanti-fascisme,
fédérateur des toutes les luttes
Elle est où la Confédération Paysanne ?? Arrivés place de lHôtel de
Ville, les militants commencent à se disperser
De retour chez moi, je vois les images des manifs à la télé
Et je me demande si cela va avoir une quelconque influence sur « le petit peuple » des villes et des campagnes qui a voté pour Le Pen. Jen
doute
(E Tam Tam, Avril 2002)